16 difficultés dans l’apprentissage des langues étrangères
Initialement, j’aurais souhaité répondre à la question suivante: «Certaines langues sont-elles plus faciles à apprendre que d’autres?» La question est passionnante, c’est indéniable. Mais, lorsque l’on y réfléchit, on s’aperçoit que cette question suppose que les difficultés ou les facilités d’une langue seraient quantifiables. Admettre des critères objectifs de difficultés, faire des moyennes… Il faudrait être impartial et cela dépend de tellement d’aspects qui sont inhérents à l’apprenant: sa langue maternelle, ses motivations, son pays de résidence, sa sensibilité aux langues… L’exercice semble beaucoup trop subjectif pour être scientifique et donc acceptable. Ainsi, il nous est impossible de classer les plus de 6000 langues du monde selon les problèmes qu’elles peuvent poser de la plus «simple» à la plus «difficile». Cependant, il n’en demeure pas moins que les difficultés qu’elles peuvent poser sont à même d’être listées dans un cadre général.
Voici donc 16 difficultés répertoriées qui touchent aussi bien l’oral que l’écrit, voire les deux en même temps:
1- L’alphabet
Il existe, on le sait, plusieurs alphabets (grec, latin, cyrillique, arabe et bien d’autres…) mais il existe également des langues à idéogrammes comme le chinois mandarin ou le japonais. A noter que même lorsque l’on a affaire à une langue utilisant le même alphabet, on peut avoir des surprises. Par exemple, une langue latine comme l’espagnol utilise la «jota» ou l’allemand, le «eszett» qui n’existent pas en français.
2- La morphologie
Il existe trois types de morphologie des langues mais très rares sont celles qui entrent dans une seule catégorie:
a- les langues analytiques dans lesquelles les mots ont tendance à être invariables comme le chinois mandarin et dans une moindre mesure l’anglais.
b- les langues synthétiques dans lesquelles on ajoute des éléments à la base. Ces éléments sont parfois identifiables, on parle de langues agglutinantes comme le coréen ou le turc. Parfois, ils ne sont pas identifiables, on parle de langues fusionnelles comme les langues indo-européennes à des degrés divers.
c- les langues polysynthétiques qui construisent des mots phrases comme l’inuktitut en Antarctique oriental canadien ou le basque en France et en Espagne.
3- Les déclinaisons
Par exemple, un anglais aura beaucoup de difficultés à comprendre qu’en français un objet puisse être féminin ou masculin et que ce genre soit marqué. Un chinois aura des difficultés à comprendre que les mots soient variables alors qu’ils ne le sont pas en mandarin. De même qu’un francophone aura du mal à comprendre qu’un nom féminin en français soit masculin dans une autre langue (et inversement) comme «lune» en allemand ou en arabe.
4- La conjugaison
Les marques de modes, de temps, de personnes varient selon les langues comme le «present perfect» en anglais qui peut se rapporter au passé composé ou au présent en français. Il arrive même parfois que la conjugaison n’existe pas telle que nous la connaissons comme en chinois mandarin. Parfois, certaines conjugaisons disparaissent comme le passé simple en français qui n’est plus enseigné mais qu’on retrouve pourtant dans des écrits plus ou moins anciens.
5- La syntaxe
L’organisation des mots dans la phrase peut poser un véritable problème du fait qu’il résulte d’une façon de pensée qui est ancrée en nous depuis notre plus jeune âge. Un français aura du mal à comprendre comment «Tu me manques» devient «I miss you» en anglais (et inversement). Difficile pour un apprenant parlant une langue romane (italien, portugais…) de comprendre qu’en hindi (comme en allemand) le verbe est placé à la fin.
6- La différence entre l’écrit et l’oral
A des degrés divers, il n’est pas faux de dire que certaines langues sont doubles: une à l’oral, une à l’écrit. C’est le cas du français: prenons l’exemple du son «an» qui peut s’écrire «an», «en», «em», «aon», sans compter les éventuelles lettres muettes qui suivent comme dans «temps» ou «méchant». En japonais, il existe un nombre limité de sons d’où une relative facilité à parler mais à l’écrit, il se base sur trois alphabets différents…
7- La phonétique
Les sons d’une langue ne sont pas toujours faciles à appréhender. A la naissance, un bébé, quelle que soit sa nationalité, entend tous les sons. Puis, petit à petit, parce qu’il apprend sa langue maternelle, certains sons perdent de leur pertinence et il ne les entend plus. C’est pourquoi, pour des gens pour qui ces sons ne sont pas pertinents, les gutturales de l’arabe sont si difficiles à entendre, de même que les clics de dialectes africains et aborigènes. Les langues tonales posent le même problème : anglais, russe, chinois mandarin…
8- La prononciation
La prononciation relève de la phonétique mais ici on ne parle plus de ce qui est entendu mais de ce qui est prononcé. C’est une chose d’entendre des sons (et c’est un préalable), s’en est une autre de les répéter. Il existe environ 37 phonèmes différents en français, 44 en anglais, 27 en grec ou encore 13 en hawaïen… Et ce ne sont que des approximations puisque le nombre de phonèmes varient aussi selon le locuteur. Il faut tous les entendre pour pouvoir les reproduire puis les utiliser.
9- La phonologie
Une langue parlée n’est pas une addition de phonèmes mis bout à bout. Pour qu’elle ait un sens, il faut que ces phonèmes soient organisés. Ils s’articulent tous entre eux pour former des mots puis des phrases. On en revient alors à la syntaxe qui concerne aussi bien l’écrit que l’oral mais de manières différentes. Dans ce contexte, ne citons que les liaisons en français qui posent des problèmes aux francophones eux-mêmes entre liaisons obligatoires, facultatives et interdites.
10- Les accents
Il y a autant d’accents dans une même langue que de régions voire de locuteurs. On n’a pas le même accent du nord au sud de la Grande-Bretagne. Beaucoup disent qu’il est difficile de comprendre l’accent londonien par exemple (y compris des Anglais). Au Chili, le débit de la langue est plus rapide mais aussi plus doux et moins guttural qu’en Espagne, l’espagnol en devient alors bien différent.
11- Les exceptions
Il est déjà difficile d’apprendre des règles mais quand en plus, il faut mémoriser les exceptions ! Les petits francophones font un jeu de leur liste «hibou, chou, genou, caillou, pou, joujou, bijou» mais pour des non-francophones, c’est autre chose. Et les verbes irréguliers en anglais! Ou encore, en russe, certains noms masculins qui se terminent par des finales habituellement féminines…
12- Le vocabulaire
Les phonèmes mis en chaîne forment des mots qui doivent avoir un sens. L’acquisition du vocabulaire est une étape indispensable dans la maîtrise d’une langue étrangère. C’est là que ce qui relève de la linguistique (difficultés 2 à 9) prend tout son sens. C’est là aussi que se révèle parfois, selon les langues, des visions différentes du monde. L’arabe possède de nombreux mots pour distinguer les dattes et les chameaux. L’espagnol dispose de deux verbes « être », ser et estar. Certaines langues ne recèlent pas de vocabulaire dans certains domaines car leurs locuteurs ne s’y sont pas encore intéressés.
13- Les idiomes
Quoi qu’on en dise, aucune langue n’est «standard». Elle est ce que ses locuteurs en font au gré de leurs besoins. L’anglais n’est pas le même aux Etats-Unis ou en Angleterre, de même pour le portugais entre le Brésil et le Portugal. Mais, à l’intérieur même d’une langue, il y a des variantes. Il y a le parlé et l’écrit, on l’a vu, mais aussi les dialectes (on en compterait 240 du chinois mandarin!), le jargon, l’argot… La maîtrise de ces aspects fait aussi partie de l’apprentissage des langues.
14- Les niveaux de langues
Tout le monde en a bien conscience, on ne parle pas de la même manière à tout le monde. C’est le marché linguistique. Il conditionne le vocabulaire, la syntaxe et même la gestuelle. Avec vos amis, votre famille, vos proches, ce marché est détendu. Il sera tendu si vous passez un entretien ou si vous faites une conférence. Les niveaux de langues sont difficiles à appréhender dans une langue étrangère parce qu’ils font appel à des façons différentes d’exprimer une même réalité.
15- L’humour
Apprendre des règles (et des exceptions!), utiliser des phonèmes, des mots, des phrases, donner du sens, tout cela prend du temps mais fini par se maîtriser. Il est probable que le plus difficile à comprendre soit l’humour. Ce qui fait rire les Anglais ne correspond pas à ce qui fait rire les Russes ou les Népalais. C’est une question de culture. Pour maitriser, l’humour, les blagues, il faut comprendre la culture et avoir une grande capacité à se remettre en question. Lorsque vous comprendrez l’humour de la langue que vous apprenez, c’est que vous comprendrez son peuple. Un objectif en soi!
16- Le mouvement perpétuel
N’en déplaise aux puristes qui veulent toujours protéger leur langue de l’«invasion» lexicale étrangère, les langues sont en mouvement perpétuel. Elles sont comme des êtres vivants qui évoluent au gré des besoins. Elles appartiennent à ceux qui les parlent et ce sont eux qui les font varier. Alors, quelque soit la langue que vous choisirez d’apprendre, vous n’aurez jamais fini de l’étudier et c’est bien ce qui fait tout l’intérêt de l’exercice.